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Visages et images

Les acteurs, comme Vincent Lacoste et Joanna Kulig, l’actrice vibrante de « Cold War », sont toujours en haut de l’affiche de Cannes.  Mais il reste de la place pour un cinéaste mythique comme Godard, même s’il fait autre chose que du cinéma.

Vincent Lacoste chez Honoré (DR)

L’étudiant de Rennes

Premier film français en compétition, « Plaire, aimer et courir vite » a reçu un excellent accueil. À travers le personnage incarné par Vincent Lacoste, Christophe Honoré se souvient du jeune provincial qu’il était au début des années 1990, l’étudiant de Rennes qui rêvait de rencontrer des écrivains comme Hervé Guibert ou Bernard-Marie Koltès.

Ici, l’écrivain touché par le sida est joué par Pierre Deladonchamps. Et les amours qu’évoque le titre, dont on suit les hésitations et les emportements, sont marquées par la maladie, alors non contrôlable. Une belle histoire, certes, avec en guise de témoin la figure drolatique et émouvante de Denis Podalydès. Mais qu’on aurait aimé plus singulière.

L’ermite de Rolle

Une image ? (DR)

Jean-Luc Godard vit à Rolle en Suisse et, à 87 ans, n’en bouge guère, d’où l’appellation consacrée depuis plusieurs années d' »ermite de Rolle ». Cinquante ans après le festival qu’il avait fortement contribué à faire annuler, en mai 1968, le voilà sélectionné pour la 7e fois en compétition, quatre ans après son prix du jury pour le bien nommé « Adieu au langage ».

Pour « le Livre d’image », montée des marches sans trop de falbalas, à 16h30, sans l’ermite, donc, avec quatre de ses producteurs et collaborateurs. Mais Godard n’a pas renoncé à la traditionnelle conférence de presse, à distance, via FaceTime sur un téléphone portable.

Sa nouvelle production a-t-elle besoin d’explications ? Il s’agit d’un collage, que d’aucuns ont qualifié d' »abscons », d’images de fiction et d’actualité, ponctué de citations généralement tronquées et de commentaires plus ou moins compréhensibles du maître. Cela va très vite et bien malin, ou d’une culture hors norme, celui qui reconnaîtra tous ces extraits montrés pendant à peine quelques secondes.

On sent bien qu’il s’agit d’évoquer l’inflammable situation actuelle autour du monde arabe et Godard, tout comme en 68, semble inviter à la révolution. Mais laquelle ? On devrait plutôt parler du sphinx de Rolle.

Joanna Kulig vers un prix d’interprétation ?

L’actrice de la guerre froide

Joanna Kulig, 36 ans en juin, a séduit les festivaliers avec son personnage de « Cold War »  de Pawel Pawlikowski, pour qui elle avait déjà tourné deux fois (« la Femme du Ve » et « Ida »). Elle incarne une jeune femme ambitieuse, qui intègre une troupe folklorique mise en place par les autorités polonaises et très surveillée par ces dernières. Nous sommes dans les années 1950 et ses amours avec le musicien de la troupe, tenté par la liberté à l’Ouest, seront tumultueuses. De la jeune chanteuse naïve et enthousiaste à l’artiste désabusée une décennie plus tard, du folklore au rock Joanna Kulig change de style avec élégance et ferveur. Illuminée par le noir et blanc romanesque de Pawlikowski, elle figure parmi les prétendantes au prix d’interprétation.

Renée Carton

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