0

On a besoin de sympathie

Ambiance mitigée à Cannes pour le 71e festival, à l’image d’une cérémonie d’ouverture où le plaidoyer enflammé d’Édouard Baer pour le cinéma a résonné aussi comme un cri d’alarme. Mitigé comme les sentiments à l’égard du premier film en compétition, «Everybody Knows» («Todos lo sabem») d’Asghar Farhadi, sorti ce mercredi sur les écrans français.

«Everybody Knows», pas totalement convaincant (Memento Films)

Il fallait des stars pour la première montée des marches. Ce furent Cate Blanchett, la présidente du jury, qui, en compagnie de Martin Scorsese, a ouvert le festival avec classe, et le couple Penelope Cruz-Javier Bardem.

«Everybody Knows» est le 9e film que les deux acteurs espagnols tournent ensemble. On peut rendre grâce à Asghar Farhadi de les avoir jetés dans un bouillon très hispanique qui donne des couleurs contrastées au drame que vivent leur personnage.

Après «le Passé», qui a valu à Bérénice Béjo le prix d’interprétation féminine en 2013, «Everybody Knows» est le deuxième film tourné hors de son pays par le cinéaste iranien multiprimé ( «la Séparation», ours d’or à Berlin, «le Client», oscar du meilleur film étranger). Il en a eu l’idée il y a longtemps lors d’un voyage en Espagne et la barrière de la langue ne semble pas un problème pour lui.

Nous sommes en Castille, dans une région viticole, où revient Laura, qui vit en Argentine avec sa famille, pour le mariage de sa sœur (superbe scène, à savourer). Tout serait pour le mieux si ce retour ne réactivait des tensions du passé. Des événements dramatiques vont survenir, dont il vaut mieux ne pas connaître la nature pour mieux apprécier le film.

Mise en scène, psychologie des protagonistes, direction d’acteurs, on applaudirait sans réserves si Asghar Farhadi n’avait un peu chargé son scénario, avec une résolution de ce thriller moyennement convaincante. Mais ce qui l’intéresse, dit-il, c’est moins de transmettre un message que de susciter chez les spectateurs de toutes origines de la sympathie pour ses personnages. «C’est ce que je mets toujours le plus en avant à chaque film, ce dont j’ai besoin moi-même et dont le monde d’aujourd’hui a besoin : cette sympathie envers les hommes par-delà les frontières et les cultures…»

Censuré au Kenya

«Rafiki», amours féminines (DR)

De la sympathie, la jeune réalisatrice Wanuri Kahiu en a bien besoin. Titre de gloire, «Rafiki», présenté ce mercredi dans la section Un certain regard, est le premier long métrage venant du Kenya à être sélectionné à Cannes. Mais le film, qui évoque le coup de foudre de deux jeunes femmes appartenant à des clans politiques opposés, est censuré dans son pays, où l’homosexualité reste illégale, avec des peines allant jusqu’à 14 ans de prison.

 

Renée Carton

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués par une *. Pour information, Renée Carton ne répondra pas aux commentaires anonymes.