Une journée en Italie

Avec son troisième film, Valeria Bruni Tedeschi a réussi son entrée en compétition. « Un château en Italie » émeut. D’autant plus qu’elle parle d’elle et de sa famille, comme dans « Il est plus facile pour un chameau » et dans « Actrices ».

Louis Garrel, Marisa Borini et Valeria Bruni Tedeschi (AFP)

Qu’on se le dise. Valeria Bruni Tedeschi ne fait pas de l’autofiction. Même si son premier film évoquait la mort de son père et celui-ci celle de son frère. Même si sa mère, Marisa Borini, interprète, fort bien d’ailleurs, son propre rôle. Donc celui d’une mère qui perd son fils. Une scène la montre arrivant à l’hôpital et apprenant le décès qui vient de survenir. N’est-ce pas bizarre, choquant, dérangeant, de demander à sa propre mère de rejouer son deuil ? La réalisatrice explique que quand sa mère a lu le scénario, elle a dit : « Cela va être très dur mais je ne veux pas que quelqu’un d’autre le fasse, que quelqu’un d’autre aille au cimetière de famille, je ne veux pas que quelqu’un d’autre parle de ça. C’est à moi d’en parler. »

Alors, bien sûr, on est doublement ému de savoir que cette sœur, cette mère ont vraiment vécu cette épreuve. Le miracle du film est qu’il n’est pas triste, que la gaîté est toujours là au coin d’une scène. Valeria Bruni Tedeschi parle d’amour, de survie avec à la fois légèreté et profondeur, rire et larmes mêlés. Un précieux cocktail.

Valeria Bruni Tedeschi est la seule femme de la compétition. On regrette d’avoir à le noter. Pour autant, était-il vraiment utile, comme l’a fait la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, de demander un rapport sur les inégalités entre les hommes et les femmes dans le cinéma et de s’interroger sur des réflexes et des habitudes plus ou moins inconscients qui en seraient responsables ?

Canet américain

Guillaume Canet et Clive Owen

Autre vedette du jour, Guillaume Canet, qui présentait hors compétition, « Blood Ties », remake américain des « Liens du sang », de Jacques Maillot, dans lequel il jouait. Trop content de tourner à New York, l’acteur-réalisateur refait les scènes de genre, jusqu’à la poursuite dans la gare Grand Central. Mais il n’est pas Scorsese, ni Coppola, ni James Gray (co-auteur du scénario) et cela se ressent cruellement. Au rayon polar, on préfère encore  Shield of straw », de Takashi Miike, sur une équipe de flics qui doivent protéger un tueur d’enfants que de nombreux Japonais, policiers compris, rêvent d’abattre car il y a une récompense d’un milliard de yens à la clef. C’est une série B, savoureuse, avec des moments très spectaculaires.

Paolo Sorrentino, lui, se rapproche de Fellini avec, dans « la Grande Bellezza », une vision désabusée mais amoureuse de Rome, à travers le regard d’un journaliste qui est de toutes les fêtes. Certaines créatures ne sont pas loin de ressembler à celles que filmait le maître. Le film est bavard, un peu artificiel aussi, comme son sujet, mais comment résister à la ville éternelle ?

Renée Carton