Un palmarès consensuel

Trois artistes pour une palme (AFP)

« C’est une très belle histoire, un amour magnifique auquel tout le monde peut s’identifier, peu importe la sexualité », a dit Steven Spielberg, le président du jury. La grâce de « la Vie d’Adèle », palme d’or du 66e festival de Cannes, c’est que, malgré ses scènes très explicites, peu importe qu’il s’agisse d’amours homosexuelles, c’est la passion qui prime et l’évolution de cette jeune femme nommée Adèle, du lycée aux premières années de vie professionnelle (elle devient institutrice, une donnée importante).

Innovant, le jury a associé au réalisateur Abdellatif Kechiche ses deux actrices, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Le cinéaste de 52 ans a dédié sa palme à la jeunesse française et à la jeunesse tunisienne, celle qui a fait la révolution.

Il y a quelques années encore, le sujet aurait fait scandale. Ici, c’est l’adéquation entre la forme et le fond, l’art de conter, l’art de montrer qui triomphent, bref le cinéma. Un autre film favori des critiques, « Inside Llewyn Davis », des frères Coen, remporte le grand prix, tandis que le prix de la mise en scène va au jeune réalisateur mexicain Amat Escalante pour «Heli », confrontation saisissante et épurée d’un frère et d’une sœur à la violence que font régner les trafiquants de drogue.

Deux films asiatiques sont justement à l’honneur. Le prix du jury distingue  « Tel père, tel fils », du Japonais Hirokazu Kore-Eda, réflexion forte et émouvante sur la paternité à partir d’un échange d’enfants à la naissance. Et le prix du meilleur scénario échoit au Chinois Jia Zhangke pour « A touch of sin », portrait d’un pays en quatre récits qui aurait pu figurer plus haut au palmarès.

Plus surprenants, mais en rien immérités, les prix d’interprétation. Bérénice Bejo est couronnée pour son rôle de femme déchirée dans « le Passé », d’Asghar Farhadi, une performance dont on peut vérifier l’intensité dès à présent sur les écrans français. Bruce Dern est distingué pour sa composition de vieillard perturbé dans «Nebraska », d’Alexander Payne.

L’enfance, la jeunesse, la vieillesse, la violence du monde, les drames familiaux, la création : le jury a su panacher les thèmes et les factures dans un palmarès presque trop consensuel. Il reflète en fait la richesse du cinéma actuel. Reste à souhaiter que la diffusion des films dans les salles permette aux spectateurs de s’en apercevoir aussi bien que le jury et les festivaliers de Cannes.

Renée Carton