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Un anniversaire et des polémiques

Imaginé en 1939 pour répondre à la Mostra de l’Italie fasciste, le festival de Cannes a été inauguré en 1946 et a connu une histoire mouvementée. Soixante dix-ans après, il est toujours là, à l’heure du numérique, de la réalité augmentée et de la consommation d’images effrénée et individualiste. On retrouve avec d’autant plus de bonheur les bousculades sur le tapis rouge, les grandes salles de projection, les cinéphiles intransigeants et les polémiques, petites ou grandes.

C’est une Claudia Cardinale bondissante, libre et joyeuse que représente, sur fond rouge et or, l’affiche du 70e festival. Outre rendre hommage « à une comédienne aventurière, femme indépendante, citoyenne engagée », le festival a voulu symboliser aussi « la politique d’ouverture et d’accueil (qui) va souffler cette année, comme chaque année, sur la Croisette, pendant 12 jours d’images d’un monde qui ose se dire, se montrer, se regarder ». Mais voilà, des féministes et des médias dénoncent les retouches qui amincissent l’actrice, photographiée en 1959, à 21 ans. « Halte à la dictature des centimètres ! Stop aux injonctions de maigreur pour les femmes ! », entend-on.

Claudia Cardinale doit alors elle-même défendre « le travail artistique » effectué sur l’image  (par l’agence Bronx) pour mieux représenter une danse, un envol, un personnage rêvé. « Le souci de réalisme n’a pas lieu d’être ici, et, ajoute-t-elle, féministe convaincue, je n’y vois aucune atteinte au corps de la femme. » Concluant sagement : « Ce n’est que du cinéma, ne l’oublions pas. »

Toujours les mêmes ?

Un autre sujet de polémique, récurrent, est la liste des 19 cinéastes en compétition, le sélectionneur étant accusé de faire revenir souvent les mêmes. Pour exemple, Michael Haneke, palmé pour ses deux précédents films (« le Ruban blanc » et « Amour ») et qui revient avec «Happy End » (à ce jour 9 réalisateurs ont remporté deux fois la palme, aucun trois fois…).  Thierry Frémaux, le délégué général, qui signe sa 10e sélection, balaie la critique, comme celle d’ignorer tel ou tel grand pays de cinéma (l’Inde, notamment, cette année). Ce qui ne l’empêche pas de souligner que la sélection officielle de 50 films (sur près de 2.000 longs métrages proposés) comporte 9 premiers films et 12 œuvres signées par des femmes.

« Happy End » : Michael Haneke et Jean-Louis Trintignant (Les Films du Losange)

Et puis il y a Netflix, la plate-forme de vidéo à la demande par abonnement. Elle distribue deux des films en compétition, « The Meyerowitz Stories », avec Dustin Hoffman,  et « Okja », avec Jake Gyllenhaal. Le problème est qu’elle refuse de prévoir une sortie en salles, car la loi française prévoit un délai de trois ans entre la sortie en salles et la diffusion en ligne. Une palme attribuée à un film que seuls les abonnés à Netflix pourraient voir, cela ferait mauvais effet. Alors le festival a décidé de changer son règlement et, à partir de 2018, tout film souhaitant concourir en compétition devra être diffusé dans les salles françaises.

« The Meyerowitz Stories » : Dustin Hoffman et le réalisateur Noah Baumbach (Netflix/Atsushi/Nishijima)

Renée Carton

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