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Regards féminins sur la dureté du monde

Est-ce que c’est sexiste, ou tout simplement idiot, que de peser l’influence sur l’oeuvre du sexe de son auteur ? En tout cas, ce n’est sans doute pas un hasard si les trois premiers films en compétition, alors que ceux qui suivent tout le festival (faut-il les plaindre ?) ont encore le regard frais et l’âme paisible, parlent des malheurs de femmes et d’enfants, non sans empathie.

Commençons par « Sleeping Beauty », la belle au bois dormant de l’Australienne Julia Leigh. C’est loin d’être un conte, et on ne sait si l’héroïne vivra un jour heureuse. Etudiante qui peine à joindre les deux bouts, elle fait tous les petits boulots possibles et même inimaginables, puisqu’elle accepte d’être livrée, endormie, à des désirs masculins dont elle ne saura rien.

C’est dur, mais moins dur que l’excellent « We need to talk about Kevin », de la Britannique Lynne Ramsay, joué par la remarqua Tilda Swinton, qui ne recule jamais devant la difficulté. Le film dit qu’une mère n’aime pas nécessairement son fils et réciproquement et le dit sans condamner personne mais avec une rare âpreté. Et un sens du récit qui fait suivre comme un suspense la remémoration des événements passés. A ne pas rater quand le film sortira, sans doute à l’automne.

Premier film français.

Il faudra aussi attendre l’automne, le 19 octobre, précisément, pour découvrir « Polisse », signé par la benjamine de la compétition Maïwen. Après avoir vu un documentaire à la télévision, elle a fait un « stage » à la Brigade des mineurs et, avec Emmanuelle Bercot, en a tiré un scénario dont les personnages sont de fiction mais les affaires évoquées réelles. Pédophilie, inceste, enfant utilisé par un gang…, des cas aussi insupportables les uns que les autres, que les acteurs parviennent à incarner. Comme ces policiers ont un fonctionnement quasi familial, on suit aussi leurs rivalités, amitiés et amours, comme si on en faisait partie nous aussi. Une réussite qui doit beaucoup à tous les acteurs, parmi lesquels Karin Viard, Joeystarr, Marina Foïs, Nicolas Duvauchelle, Frédéric Pierrot, Sandrine Kiberlain.

Après ces trois coups-de-poing, le « Restless » de Gus Van Sant (section Un certain regard), gentille histoire d’amour entre un jeune homme orphelin  et une fille qui va mourir, aussi émouvante soit-elle, apparaît comme une agréable bluette. Qui l’eut dit ?

Renée Carton

Renée Carton

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