Mort où est ta victoire ?

En attendant « Macbeth », qui doit clore la compétition en beauté, « Valley of Love » et « Chronic », ont confirmé la tendance sombre du cru 2015.

Huppert et Depardieu dans la
Vallée de la mort (M. Marder)

Cinquième film français concourant pour la Palme d’or, « Valley of Love », de Guillaume Nicloux, permet de retrouver un Gérard Depardieu, sinon en très grande forme, du moins faisant honneur à son passé d’immense comédien. Nicloux a eu la bonne idée de le dépayser en le transportant dans le désert californien en compagnie d’Isabelle Huppert, plus que jamais dans la maîtrise de son personnage. Les deux incarnent les parents séparés d’un jeune homme qui s’est suicidé et qui, dans sa lettre d’adieu, leur donne rendez-vous dans la Vallée de la Mort. Ils ont très chaud mais ne peuvent échapper à l’examen de conscience que la situation leur impose, sur leur fils dont ils se sont peu occupé, sur leur couple qu’ils ont laissé se détruire.

Le dialogue des deux acteurs est un régal, sur fond de paysage irréel et de mini-événements surréalistes. Gérard Depardieu, quasiment dans son propre rôle, occupe tout l’écran sans souci de cacher sa silhouette. On est heureux de le retrouver après des aventures extracinématographiques et la mauvaise action de « Welcome to New York ».

Tim Roth infirmier (G. Smith)

À 35 ans, le Mexicain Michel Franco est le benjamin de la compétition avec « Chronic », tourné en anglais et bénéficiant de la présence de Tim Roth. C’est l’infirmière qui s’est occupée de sa grand-mère, paralysée après une attaque, qui lui a inspiré ce film. « Chronic » parle d’euthanasie, certes, mais surtout de la relation comparable à nulle autre qui s’instaure entre le soignant à domicile et la personne en fin de vie.,

Pas question de pudeur. Michel Franco filme les corps nus et souffrants et surtout les gestes intimes que doit accomplir au quotidien celui qui les prend en charge. « La tonalité est aussi réaliste que possible », dit le cinéaste, qui mélange acteurs professionnels et non professionnels. Tim Roth s’est préparé auprès de véritables malades et en effectuant les tâches qui sont celles d’un infirmier.

Mais au final, c’est le drame du personnage qui est au centre du film, ce qu’il a dû accomplir et l’impossibilité pour lui de se détacher de la souffrance de ses patients. Dans la manière un peu classique, un film sans pathos mais plein d’empathie.

Renée Carton

Renée Carton