Mon palmarès

A l’heure du palmarès, alors que les images des  19 films en compétition (plus quelques autres) se mélangent déjà dans la mémoire, on mesure à quel point il est difficile de trancher. Tentative personnelle, qui n’a rien à voir avec un pronostic.

Pour la Palme d’or, qui fête cette année ses 60 ans, cap sur la Chine. Non pas  l’historique, martial et esthétisant « Assassin », sur lequel quelques médias français ont déliré, mais « Mountain May Depart », le mélo en trois époques, très contemporain, de Jia Zhang-Ke. Le cinéaste parle de son pays, certes, mais la trajectoire de ses héros, sur deux générations, peut résonner en chacun d’entre nous.

Pour le Grand Prix, « le Fils de Saul », premier film de László Nemes, qui parvient à montrer l’horreur de l’extermination de masse en se concentrant sur un prisonnier d’Auschwitz, membre d’un Sonderkommando ; un point de vue radical sur un sujet que la fiction cinématographique a toujours du mal à aborder.

« Macbeth » (DR)

Le Prix de la mise en scène pourrait aller à l’Australien Justin Kurzel, chargé d’une nouvelle adaptation de « Macbeth ». Ses images en blanc et rouge des montagnes écossaises et ses batailles sur écran large sont spectaculaires et les acteurs (Michael Fassbender, Marion Cotillard) bien mis en valeur, avec juste ce qu’il faut des vers du grand Shakespeare.

Parce qu’il faut qu’il figure au palmarès, « The Lobster », l’histoire originale de Yorgos Lanthimos, avec son monde (quasiment le nôtre) où il est interdit de vivre en solitaire, se verrait remettre le Prix du scénario.

Pour le prix d’interprétation féminine, la toujours classe Cate Blanchett l’emporterait, parce que le « Carol » de Todd Haynes est l’un des films les plus maîtrisés et les plus élégants de la sélection et qu’on n’a droit qu’à une récompense par film. Pour les hommes, tant pis, des ex aequo, Michael Caine, pour la dérision distinguée de son personnage dans « Youth », de Paolo Sorrentino, et Vincent Lindon, pour si bien incarner son déclassé très humain de « la Loi du marché », de Stéphane Brizé.

Enfin, le Prix du jury irait à « Mia Madre » de Nanni Moretti, cinéaste déjà maintes fois récompensé, ici et ailleurs, parce qu’offrant l’alliance la plus réussie du sujet profond et touchant et de la réalisation maîtrisée.

Un mot pour finir du film de clôture, « la Glace et le Ciel », documentaire de Luc Jacquet qui sortira le 21 octobre. Il conte, avec de passionnantes images d’archives et d’autres, magnifiques, récentes, l’aventure scientifique et humaine du glaciologue Claude  Lorius. Ses travaux sur les glaces de l’Antarctiques, commencés à 23 ans, en 1957, mettent en évidence le réchauffement de la planète. A moins d’être un climatosceptique de mauvaise fois,  on ne peut qu’être convaincu.

« La Glace et le Ciel » (DR)

 

Renée Carton