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Mieux vaut en rire

Les 19 films en compétition ont donné peu d’occasion de rire. Sauf le suédois « The Square ». D’où la palme d’or ? On n’ose aller jusque là.

La joie du lauréat, Ruben Östlund (photo AFP)

Après avoir distingué en 2016 un film militant («Moi, Daniel Blake», de Ken Loach), le festival récompense pour son 70e anniversaire plutôt une performance artistique, « The Square », du Suédois Ruben Östlund, est certes une allégorie, visant à démontrer qu’on est vite en contradiction avec les valeurs morales qu’on défend, mais surtout une satire des milieux de l’art contemporain qui portent aux nues des œuvres vides de sens (« The Square », qui donne son titre au film de 2h20, est ainsi un simple carré dessiné sur le sol avec une ligne de lumière, censé être « un sanctuaire de confiance et de bienveillance » au sein duquel « nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs »). Le héros (excellent Claes Bang) est un conservateur de musée dont l’altruisme affiché vacille quand son portefeuille disparaît. C’est souvent très drôle, mais un peu lourd.

Le Grand Prix pour Robin Campillo (photo AFP)

Comme beaucoup d’autres, j’aurai donné la palme d’or à « 120 Battements par minute », de Robin Campillo, qui se console avec le Grand Prix. Une œuvre qui fait revivre le combat d’Act up avec autant de vigueur  que d’émotion. Et le personnifie avec une formidable bande d’acteurs.

Le film sortira le 23 août, tout comme « les Proies », qui vaut à Sofia Coppola un prix de la mise en scène qu’on peut juger mérité au vu de l’atmosphère qu’elle crée autour de son groupe de femmes, dans un pensionnat du Sud pendant la guerre de Sécession, alors que débarque un soldat nordiste blessé. Parmi ses actrices, Nicole Kidman, à laquelle le jury a donné le prix spécial 70e anniversaire.

Pas de surprise pour les prix d’interprétation. Diane Kruger, qui tournait pour la première fois en Allemagne, son pays natal, est saisissante dans « In the Fade », de Fatih Akin, dans le rôle d’une femme dont le mari d’origine turque et le fils ont été tué dans un attentat organisé par des néonazis. Elle a dédié son prix aux victimes du terrorisme. Joaquin Phoenix, baskets aux pieds, semblait tomber des nues, un peu comme dans l’excellent et très violent film de Lynne Ramsay, « You were never really here », dans lequel il joue un tueur, ancien combattant traumatisé, aux prises avec un réseau de prostitution d’adolescentes.

Lynne Ramsay a pour sa part reçu le prix du scénario (tiré d’un roman de Jonathan Ames), ex aequo avec Yorgos Lanthimos pour « Mise à mort du cerf sacré », cette étrange histoire d’un brillant chirurgien soumis à la volonté vengeresse du fils d’un patient.

Le prix du jury distingue « Faute d’amour », le beau et sombre film d’Andrei Zvyagintsev, qui vise l’égoisme et la superficialité de la société russe à travers le drame d’un couple en pleine rupture dont l’enfant disparaît. On l’aurait aimé plus haut dans le palmarès, tant pis.

Citons enfin le prix du premier film, la Caméra d’or : le jury présidé par Sandrine Kiberlain a distingué « Jeune Femme », de la Française Léonor Serraille. comédie sur une trentenaire (Laetitia Dosch) qui, de retour de l’étranger, cherche un nouveau départ à Paris.

 

Renée Carton

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