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« The Lobster » (photo DR)

L’un se penche sur le passé du personnage créé il y a vingt ans et donc sur sa jeunesse : Arnaud Desplechin et Paul Dedalus. L’autre imagine qu’un sort funeste attend ceux qui ne savent pas vivre à deux : Yorgos Lanthimos, avec son homard, une bonne prise pour le festival.

Choix difficile ce vendredi : à la même heure les derniers films de Woody Allen et d’Arnaud Desplechin et la première réalisation de Natalie Portman. N’écoutant que mon devoir, au regard de la sortie imminente sur les écrans français de « Trois souvenirs de ma jeunesse » (Desplechin), je me suis privée de Joaquin Phoenix, qui officie comme professeur de philosophie chez Woody Allen, lequel est, on le sait, passionné de métaphysique et de questions existentielles (« l’Homme irrationnel » n’est programmé que pour le 14 octobre et « Une histoire d’amour et de ténèbres » n’a pas encore de date de sortie).

« Trois souvenirs de ma jeunesse », donc, sélectionné par la Quinzaine des réalisateurs. La jeunesse de Paul Dedalus, le personnage de « Comment je me suis disputé, ma vie sexuelle », incarné alors et aujourd’hui par Mathieu Amalric. Le début du film, qui met en scène ce dernier, ne manque pas de saveur. Puis l’on plonge dans l’enfance de Paul, plutôt tragique, et ses années d’étudiant, avec au centre du film sa passion mouvementée pour Esther, entre Roubaix et Paris. Des allers et retours entre la passion et le rejet qui finiraient par lasser, n’était le duo explosif des deux jeunes comédiens dont, nul doute, on reparlera, Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet.

Yorgos Lanthimos (photo DR)

En  compétition, on a eu droit à un nouveau bon choix de Thierry Frémaux, « The Lobster », tourné en anglais en Irlande par le Grec Yorgos Lanthimos. Dans un futur proche, toute personne solitaire est arrêtée et transférée dans un hôtel où il ou elle devra trouver un compagnon dans les 45 jours sous peine d’être transformé en animal. Le personnage joué avec le sérieux d’un pape par Colin Farrell a bien l’intention de réussir mais, au cas où, choisit le homard, d’où le titre du film. On ne saurait gâter le plaisir du futur spectateur en dévoilant les péripéties de cette étrange aventure. On savait Lanthimos (« Canine » et « Alps ») doté d’une imagination particulière. Sa métaphore très contemporaine sur le désir de faire couple offre des rebondissements à la fois drôles et effrayants. Un film original porté par une distribution qui réunit entre autres Rachel Weisz, Léa Seydoux et Ariane Labed. Là encore, la date de sortie n’est pas fixée. On imagine qu’elle dépend de l’accueil cannois.  Qui ne devrait pas être mauvais.

Renée Carton

Renée Carton