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Malheurs et bonheurs du grand âge

Emmanuelle Riva, Jean-Louis Trintignant (AFP)

Le cinéaste autrichien Michael Haneke a une façon poignante de parler d’amour. Son film et ses deux  acteurs ont de bonnes chances de figurer au palmarès.

Au sortir de la projection d’ « Amour », c’est avec un immense soulagement que l’on découvre, souriants, pour la conférence de presse, Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva, dont les personnages souffrent tant dans le film. Ils disent leur bonheur d’avoir tourné cette descente aux enfers d’un vieux couple confronté à la déchéance et au désir d’en finir.

Jean-Louis Trintignant, 81 ans, est ravi de l’expérience, même s’il n’a jamais rencontré de metteur en scène plus exigeant. « C’est la première fois que je suis content de mon travail », exagère-t-il, lui qui a tourné plus de 120 films et pas des plus mauvais. « Très douloureux mais très beau », résume-t-il. Emmanuelle Riva, 85 ans,  très vive, est encore plus enthousiaste et parle de « grand, grand bonheur » : « Le chemin ensemble n’a pas été difficile, au contraire, tous les matins je courais jusqu’au plateau, et tous les soirs je dormais dans ma loge. » Comme le dit la troisième protagoniste, Isabelle Huppert, la souffrance est pour les spectateurs, pas pour les acteurs !

Oui, la vieillesse est un naufrage, le corps se fait lourd, la maladie peut priver de toute liberté, sauf celle de souffrir. Mais elle peut aussi donner cette tranquille assurance, cet humour léger, ce plaisir plus que jamais sensible de créer.

Michael Haneke, 70 ans à peine, est, lui, « content d’avoir fait un film simple » : « Si on arrive à un certain âge, on est forcément touché par la souffrance. Je ne veux rien montrer de plus. » Difficile en tout cas de ne pas être touché.

Cette journée de dimanche a été à l’unisson du ciel plombé, avec aussi à l’affiche « la Chasse », de Thomas Vinterberg, le réalisateur de « Festen ». Une autre descente aux enfers, celle d’un éducateur accusé à tort de sévices sexuels sur des enfants. Avec un très bon Mats Mikkelsen, celui qu’affrontait Daniel Craig-James Bond dans « Casino Royale ».

Le jury de Nanni Moretti va devoir faire des choix déchirants pour les prix d’interprétation. Trintignant et Riva le méritent sans aucun doute, mais c’est aussi que leur très bon travail est plus visible dans leurs rôles tire-larmes.

Renée Carton

Renée Carton

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