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Les noms de l’Amérique

Paterson, ville du New Jersey, film de Jim Jarmusch. Loving, protagoniste d’un arrêt célèbre de la Cour suprême, film de Jeff Nichols. L’Amérique, inépuisable sujet d’inspiration.

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Adam Driver, alias Paterson (Photo M. Cybulski)

Une petite vie. Dans une petite ville du New Jersey. Paterson (Adam Driver), qui habite à Paterson, vit avec sa compagne dans une petite maison, conduit un bus, promène son chien, se rend chaque soir dans le même bar. Paterson n’est pas malheureux. Lors de sa pause, il mange un sandwich face aux chutes qui sont une des fiertés de la cité. Il aime sa femme et approuve ses lubies, qui changent en permanence. Et aussi, dans un carnet, il écrit des poèmes. Qui ne riment pas, qui n’ont pas de grands élans lyriques. De la poésie du quotidien.

Voilà, c’est le dernier film de Jim Jarmusch, bien loin de « Only lovers left alive ». Pas de tension dramatique, pas de rebondissements, mais beaucoup de charme. On n’est pas loin de s’ennuyer, cela fait partie de ce charme. Comme le délicieux personnage de Golshifteh Farahani, qui met partout des formes en noir et blanc. Ceux qui ont aimé, nombreux, débordent d’enthousiasme, les autres sont plus sobres, comme le film.

UN ARRÊT HISTORIQUE

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Ruth Negga et Joel Edgerton (DR)

« Loving » est d’une toute autre matière, puisqu’il s’agit de l’histoire authentique de Richard Perry Loving et Mildred Jeter, un couple mixte de Virginie poursuivi par la justice de l’État, qui n’acceptait pas les mariages interraciaux. Ils ne sont pas militants, ils s’aiment simplement, veulent vivre tranquillement près de leur famille, là où ils ont grandi. Mais leur cas sera pris en charge par des défenseurs des droits civiques et, finalement, l’affaire ira jusqu’à la Cour suprême qui, en 1967, jugera inconstitutionnel de faire obstacle à un mariage en invoquant la race (arrêt « Loving v. Virginia »).

C’est l’intérêt du film de Jeff Nichols. Richard et Mildred ne sont pas des héros et l’on voit à quel point ils sont dépassés par ce qui leur arrive. C’est là qu’intervient le talent des acteurs, et particulièrement de Joel Edgerton. Le comédien australien, vu entre autres dans « Animal Kingdom » et « Strictly Criminal », incarne avec force et subtilité cet homme simple qui ne sait guère s’exprimer. Si « Loving » accédait au palmarès, ce devrait être grâce à lui.

 

 

Renée Carton

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