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Des médecins à la peine

Personnages principaux de trois films vus en compétition, les médecins ont quelque chose à se faire pardonner. Et les auteurs-réalisateurs ne les absolvent pas.

Deux médecins distingués (Nicole Kidman et Colin Farrell)

On a déjà parlé de « la Lune de Jupiter », du Hongrois Kornél Mundruczó, dans lequel un médecin ne se pardonne par une erreur mortelle alors qu’il avait bu et tente de se racheter en aidant des migrants. Dans « Mise à mort du cerf sacré », du Grec Yorgos Lanthimos, Colin Farrell interprète un brillant chirurgien du cœur (crédibilité moyenne pour l’acteur irlandais), qui prend sous son aile le fils adolescent d’un de ses patients mort la table d’opération. On découvrira que lui non plus n’était pas sobre. Il est marié à une non moins brillante ophtalmologiste incarnée par Nicole Kidman, qui, elle, apparaît sans tache.

Comme  « la Lune de Jupiter », « Mise à mort du cerf sacré » utilise le fantastique. Le film ne sortant que le 1er novembre, on peut en révéler un peu la trame, il faudra l’oublier d’ici là. Le fils du patient va s’immiscer dans la vie de la famille du couple modèle, qui a deux enfants, et grâce à un étrange pouvoir, forcer le chirurgien à être le bras de sa vengeance.

Comme dans les précédents films de Lanthimos (« Alps », « The Lobster »), il faut accepter la logique irréaliste et déroutante de la parabole. On en saisit alors la force.


Regarder un extrait du film : Extrait #1


Dans « Happy End », Michael Haneke décrit également un milieu de bourgeois nantis. C’est, comme le dit le synopsis, un « instantané d’une famille bourgeoise européenne ». Dont les membres sont indifférents aux malheurs du monde et même à ceux de leurs proches, du patriarche (Jean-Louis Trintignant) à la petite-fille en passant par la fille (Isabelle Huppert), qui dirige les affaires de main de maître, et le fils (Mathieu Kassovitz), médecin aux urgences et surtout préoccupé par ses fantasmes sexuels. Cela se passe à Calais, mais les migrants n’apparaissent quasiment pas dans leur champ de vision.

Dans la famille « Happy End », le médecin est joué par Kassovitz

On retrouve dans « Happy End » l’essentiel des thèmes de l’œuvre d’Haneke, l’égoïsme bourgeois, l’euthanasie, le sado-masochisme, la cruauté des enfants et l’on en passe. Mais l’ensemble échoue cette fois à nous remuer. Il y a peu de risques (de chances ?) que le cinéaste autrichien gagne une troisième palme d’or avec ce film programmé en France à partir du 18 octobre.


Regarder des extraits du film :
Extrait #1Extrait #2 Extrait #3


REDOUTABLE « REDOUTABLE »

Pas de personnage de médecin dans « le Redoutable », de Michel Hazanavicius, puisque le héros en est Jean-Luc Godard, saisi en 1968 alors qu’il remet en question ses propres œuvres et le cinéma tout entier, au nom d’idées révolutionnaires maoistes. Inspiré par « Un an après », le roman autobiographique d’Anne Viazemsky, le personnage, incarné avec juste ce qu’il faut d’imitation par Louis Garrel, apparaît insupportable. Il n’est pas sûr que la comédie, qui sortira le 13 septembre, puisse intéresser largement hors du cercle des anciens de mai 68 et des cinéphiles distingués.

Renée Carton

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