Les armes parlent

Un troisième film français honorablement original et un thriller anglo-saxon brillant mais plutôt classique. Et toujours pas de palme d’or incontestable*.

Benicio Del Toro dans « Sicario »

On se souvient de Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm, rejouant dans « la Guerre est déclarée » leur combat pour leur fils gravement malade. Cette fois, la cinéaste a eu envie de faire un film qui ne soit pas inspiré de sa vie et est partie d’un scénario écrit par Jean Gruault pour François Truffaut. Le récit d’un amour incestueux, celui qui avait uni et perdu, au tournant du XVIIe siècle, Marguerite et Julien de Ravalet. Le château de la famille, à Tourlaville, dans la Manche, est toujours là. Donzelli a pu y tourner tout en détricotant la vérité historique dans un joyeux mélange d’époques et de références. Résultat, une sorte de conte cruel, très romantique et un peu naïf, où l’on retrouve, aux côtés de Jérémie Elkaïm (également coscénariste) et Anaïs Demoustier, Samy Frey et Géraldine Chaplin. Sortie le 30 septembre.

Après les passions destructrices mises en scène par les réalisatrices françaises et la désespérante « loi du marché » que répercutent si bien Stéphane Brizé et Vincent Lindon, on est content de se retrouver sur les chemins balisés du thriller anglo-saxon. « Sicario », du Canadien Denis Villeneuve, n’est en aucun cas moins noir, bien au contraire, et les cadavres, y compris de femmes et d’enfants, ne se comptent pas. Mais comme c’est le genre qui veut ça, on se sent moins touché. La première scène est particulièrement  impressionnante. Le film va ensuite dérouler la traque, ponctuée de fusillades, d’un baron de la drogue, par une équipe plus ou moins clandestine dans laquelle se trouve embringuée une recrue idéaliste du FBI (Emily Blunt). Il s’agit de montrer que la zone frontalière entre les États-Unis et le Mexique est devenue une zone de non droit, que, comme l’explique le scénariste texan Taylor Sheridan « la drogue et la corruption gouvernent tout désormais » et les cartels « sont devenus des groupes militarisés ». Dans ce contexte, la lutte contre les trafiquants emprunte des voies moralement très contestables. Benicio Del Toro prête sa grande silhouette à un personnage moins ambigu qu’il y paraît et Josh Brolin joue, comme souvent, la décontraction. Sortie le 7 octobre pour les amateurs éclairés.

Renée Carton

* Je continue à plaider pour « le Fils de Saul ».

Renée Carton