L’élégance à la française

Gaspard Ulliel en Saint Laurent

Premier film français en compétition, « Saint Laurent », de Bertrand Bonello, a du style. Gaspard Ulliel incarne le couturier, que le cinéaste voit comme « un personnage romanesque assez dingue ».

Après celles du peintre Turner, revoilà donc les angoisses du créateur,. Cette fois celles de Saint Laurent, qui adorait les artistes et aspirait à en être un. La comparaison ne s’impose pas avec le film de Jalil Lespert sorti au début de l’année, qui avait son intérêt. C’est le même homme, certes, mais l’ambiance, le regard, le style, tout est différent. Sans compter l’absence d’imprimatur de Pierre Bergé pour cette deuxième version.

Bertrand Bonello évoque la période 1967-1976, des années de folie sombre autant que de création intense. Dans son film de deux heures et demi qui mériterait de légères coupes, il mêle avec audace, dans un mouvement quasi incessant, les ombres de la vie privée, dépression, drogues, excès en tout genre, et la lumière des succès professionnels, ces modèles éblouissants d’élégance noir et blanc ou de couleurs.

Au risque de décevoir les amateurs de polémique, rien de très étonnant ou de subversif dans ce « Saint Laurent », avec des scènes de sexe plutôt discrètes, même si Gaspard Ulliel apparaît complètement nu. C’est le rythme du film qui convaint, l’union des images et des musiques, la passion du cinéaste pour la flamboyance de son sujet.

Tristesse et rires

« Les Nouveaux Sauvages » (le mariage va mal tourner)

En compétition, on a vu aussi « Winter Sleep », du Turc Nuri Bilge Ceylan, qui mêle, dans l’Anatolie de villages troglodytes cachés sous la neige, la tristesse d’un couple désuni à l’impossible communication entre riches et pauvres : trois heures éprouvantes mais non sans richesses. « Captives » d’Atom Egoyan bénéficie d’une construction complexe autour d’une enfant enlevée et de l’enquête qui rebondit huit ans après. On a ri, aussi, des « Nouveaux Sauvages » venus d’Argentine, une sorte de « Nouveaux Monstres » : dans des sketches inégaux mais fourmillant d’idées, Damian Szifron raconte comment de petits incidents (en particulier automobiles, dans lesquels tout le monde peut se reconnaître) peuvent conduire à basculer dans la barbarie. Méchant et juste.

Mais ce samedi, à Cannes, la grande affaire est la projection hors festival officiel, dans deux salles de la ville, de « Welcome to New York », le film inspiré à Abel Ferrara par l’affaire DSK – bousculades et buzz garantis. A découvrir aussi, à partir de minuit, moyennant 7 euros, sur plusieurs sites de vidéo à la demande.

Renée Carton