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Le psychiatre et son double

Dernier film français en compétition, « l’Amant double » sort en salles le jour de sa présentation à Cannes, ce vendredi. Nul doute que ses atouts, le thème du double, l’érotisme, les acteurs, les rebondissements, lui vaudront un nombreux public.

Jérémie Renier et Marine Vacht

Une jeune femme atteinte de maux de ventre qui ne semblent pas avoir de cause somatique consulte un psychiatre. Très vite, ils tombent amoureux. Mais le séduisant psy cache apparemment une double identité. Tel est le point de départ de « l’Amant double », inspiré à François Ozon par un livre de Joyce Carol Oates (signé en 1987 sous le pseudonyme de Rosamond Smith, publié en français sous le titre « l’Amour en double » et dont on ne donnera pas le titre original, qui fournit un indice sur les mystères qui seront dévoilés).

Loin de son précédent film, « Frantz », François Ozon s’offre un thriller qui fait penser à Hitchcock et Brian de Palma, avec un soupçon de Cronenberg et du Polanski de « Rosemary’s Baby » et un clin d’œil du côté d’Orson Welles, sans oublier Boileau-Narcejac. On pourrait trouver pires références. Mais Ozon a ses idées et son style, qui ne doivent rien à personne.

Était-il nécessaire de montrer une vulve en très gros plan ? Le cinéaste se complaît dans une ou deux scènes à la limite de l’horrifique et l’on se dit qu’il en fait trop. Tout comme les rebondissements, à base de rêves et de fantasmes d’abord affirmés comme une réalité, sont un peu trop nombreux pour qu’on se laisse tout à fait mener par le bout du nez.

Mais une fois les fils tant bien que mal démêlés et la dernière image disparue, on sent qu’on a succombé au charme (au sens de la sorcellerie) et qu’on n’oubliera tout de suite le couple sulfureux formé par Marine Vacht et Jérémie Renier. Lequel, signalons-le au passage, est en train de tourner  « l’Ordre des médecins », dans lequel il incarne un praticien aguerri qui voit sa vocation remise en cause lorsque sa mère (Marthe Keller) est hospitalisée dans un état critique dans un service voisin du sien.

« L’Amant double » Teaser

Deux films avaient ce jeudi les honneurs de la compétition. « Happy Time », un polar new yorkais des prometteurs frères Josh et Bennie Sadfie. ; une histoire de braquage et de cavale renouvelée par l’énergie de la mise en scène et la composition de Robert Pattinson. Et « Une femme douce », de Sergei Loznitsa, un portrait sombre de la Russie à travers les malheurs d’une femme qui ne parvient pas à rendre visite à son mari en prison.

À l’hopital du Vinatier (photo Palmeraie et Désert)

C’était aussi le jour de David Lynch. Mais je ne vous parlerai pas de « Twin Peaks » saison 3, car la projection pour la presse des deux premiers épisodes avait lieu en même temps que celle de « 12 jours », de Raymond Depardon (hors compétition) : le documentariste a pu filmer, à l’hôpital du Vinatier, à Lyon, les audiences destinées à vérifier la légalité des décisions d’hospitalisation sous contrainte, et cela avant douze jours. Édifiant (sortie le 29 novembre).

Renée Carton

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