Le premier degré d’Hazanavicius

Après le Mali, une autre guerre récente s’est invitée en compétition à Cannes. Celle de Tchétchénie, avec « The Search », mélo assumé et classique de Michel Hazanavicius.

Bérénice Bejo et Abdul-Khalim Mamatsuiev

« Dans mes films précédents, le spectateur avait la conscience d’être au spectacle. C’est la première fois qu’il n’y a pas de distance, que tout est au premier degré. » Hazanavicius, après les parodiques « OSS 117 » et « The Artist », qui lui ont valu le succès que l’on sait, change de genre. Il assume l’ambition « de faire un film politique, qui parle de manière mélodramatique de la guerre ».

À la projection de presse, les journalistes ont diversement apprécié. Le premier degré n’est pas le genre des cinéphiles distingués et professionnels. Sans compter les critiques russes, qui ont pu ne pas apprécier la représentation du conflit tchétchène de 1999.

L’une des inspirations de « The Search » est un film américain de Fred Zinneman de 1948 avec Montgomery Clift, « les Anges marqués ». Il a convaincu Hazanavicius, qui voulait parler de la Tchétchénie, que le mélo pouvait être une approche. Soit la rencontre d’un petit garçon tchétchène dont les parents sont assassinés et d’une jeune femme chargée de mission pour l’Union européenne. Dans le même temps, un garçon russe enrôlé de force dans l’armée apprend l’inhumanité.

Tourné en Géorgie avec pas mal de moyens, le film, qui sortira le 26 novembre, dure deux heures et demie et, en bon mélo, compte bien des moments forts et/ou émouvants. On peut juste regretter une ou deux scènes un peu trop démonstratives, pour évoquer l’impuissance, voire l’indifférence, collective, plus précisément celle de l’Europe.

Bérénice Bejo et Annette Bening, impeccables, sont entourés de jeunes acteurs tchétchènes et russes à la hauteur.

Renée Carton