L’arrivée de Vénus

La compétition s’est terminée ce samedi en beauté, légèreté et subtilité avec « la Vénus à la fourrure » de Roman Polanski. Sacher-Masoch est bien là, mais, contrairement à ce qu’on pourrait penser, c’est une comédie, tirée de la pièce du même nom du dramaturge américain David Ives.

Roman Polanski et Emmanuelle Seigner (AFP)

Une salle de théâtre, deux comédiens et un texte savoureux qu’il a adapté avec son auteur, cela suffit à Polanski pour faire une belle démonstration de mise en scène. Mise en scène, donc en abyme, d’un metteur en scène qui auditionne une comédienne pour une adaptation du livre de Sacher-Masoch « la Vénus à la fourrure ». Un jeu où le dominant et le dominé changent en permanence de rôle, un ping-pong verbal et corporel réglé au millimètre. De quoi réfléchir – rire, en l’occurrence – sur les relations homme-femme, créateur-créature, metteur en scène-actrice.

C’est d’autant plus jouissif qu’Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric sont en grande forme. Au jeu des pronostics, la première pourrait être citée dans les prix d’interprétation. Mais la faveur majoritaire va à Adèle Exarchopoulos pour le film qui a enchanté la critique française, « la Vie d’Adèle », d’Abdellatif Kechiche. L’œuvre, très réussie – et encore en chantier, semble-t-il – triomphera-t-elle des autres favoris : « le Passé », d’Asghar Farhadi, qui mérite en tout état de cause de figurer haut au palmarès ; « Inside Llewyn Davis », la savoureuse évocation musicale des frères Coen ; ou le puissant mais plus aride « Touch of Sin », du Chinois Jia Zhang Ke ? Pour certains, la sexualité affichée d’Adèle pourrait effaroucher le président du jury Steven Spielberg, qui, par ailleurs, pourrait être réticent à couronner ses compatriotes de peur d’avoir l’air partial…

Pour le prix d’interprétation masculine, Michael Douglas (« Ma vie avec Liberace ») est un candidat facile, mais Oscar Isaac, le Llewyn des Coen, a l’avantage d’apparaître comme une découverte. Réponse dimanche soir.

Renée Carton