L’Amérique en deux versions noires

Au choix, Hollywood face sombre par Cronenberg (« Maps to the Stars ») ou la Pennsylvanie d’un drame américain qui met en scène un très riche et deux lutteurs (« Foxcatcher », de Bennett Miller). Le choix est vite fait.

Mia Wasikowska

Jean-Luc Godard ne viendra pas, à la déception des cinéphiles, mais Robert Pattinson est bien là, pour la plus grande joie de ses jeunes fans. Question de génération. Pattinson est pour la deuxième fois, après « Cosmopolis », dans un film du Canadien David Cronenberg. Dans « Maps to the Stars », il n’a pas le premier rôle. Ce sont les femmes qui mènent la danse, Mia Wasikowska et Julianne Moore. On est à Hollywood, mais, selon Cronenberg, on pourrait être aussi bien « dans la Silicon Valley, à Wall Street, partout où les gens sont très ambitieux, cupides, ont peur de plein de choses ».

On ne sait ce qui tient au scénario de Bruce Wagner ou au cinéaste de « Crash », mais la barque est lourdement chargée. Tous les personnages sont plus que névrosés et la plupart drogués, y compris la jeune vedette de 13 ans (l’étonnant Evan Bird). Ils sont prêts à tout pour réussir. Inceste, violence, sans compter quelques fantômes sont les ingrédients de cette mixture avec laquelle Cronenberg ne renouvelle guère son inspiration. Les acteurs font ce que leur dicte leur rôle mais on n’a guère envie de les admirer. Si vous êtes malgré tout tenté, sachez que le film sort le 21 mai.

Channing Tatum et Steve Carell

Côté Amérique du Nord, on préfère nettement « Foxcatcher », de Bennett Miller, dont c’est le troisième long métrage (le deuxième était le très honorable « Truman Capote » avec Philip Seymour Hoffmann). Miller raconte une histoire authentique et très américaine, celle du milliardaire excentrique John Éleuthère du Pont (Steve Carell) et des champions de lutte Mark et Dave Schultz (Channing Tatum et Mark Ruffalo). Même si on ne s’intéresse pas à la lutte (et pourquoi s’y intéresserait-on ?), on est fasciné par ce drame aux ressorts psychologiques complexes, que le réalisateur et les acteurs ont l’intelligence de ne pas simplifier. Le film, qui pourrait figurer au palmarès cannois, n’est pas programmé en France avant novembre. Essayez de ne rien savoir sur ce qui s’est passé, vous n’en serez que plus séduit.

Renée Carton