La révélation Adèle

« Je regardais deux personnages qui s’aiment et l’idée que c’était deux femmes m’a complètement échappé », dit malignement Abdellatif Kechiche à propos de « la Vie d’Adèle ». Malgré sa longueur (trois heures), le film a séduit les critiques, beaucoup lui prédisant la palme, et un prix d’interprétation pour la jeune Adèle Exarchopoulos, 19 ans (avec Léa Seydoux).

Il est vrai qu’on était en manque de véritable histoire d’amour et que Kechiche sait filmer le désir et la passion sensuelle. En l’occurrence celle de deux femmes, effectivement, ou plutôt une très jeune fille et une jeune femme.

Comment, s’étonne-t-on, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux ont-elles réussi à tourner ces longues scènes sexuelles explicites avant autant de naturel ? C’est une question de confiance, répondent en cœur actrices et réalisateur. Et Adèle qui joue Adèle de préciser : « On ne sait même pas quand on est filmé ou pas. Des fois, on est filmé alors qu’on ne s’y attendait pas. » À les entendre, cela a l’air si simple. C’est peut-être cela qui séduit le plus et qui fait que personne ne s’offusque – et c’est tant mieux – de cette exposition sur grand écran d’amours lesbiennes.

Pendant ce temps, une petite phrase de François Ozon fait scandale, du moins sur les réseaux sociaux, où il y a toujours une brigade du politiquement correct qui veille. « La prostitution est un fantasme commun à de nombreuses femmes », a-t-il lâché à propos du sujet de son « Jeune & Jolie ». » Les féministes n’ont pas aimé. Et jusqu’à trois députés socialistes, qui ont condamné « le sexisme » du cinéaste et appelé à combattre « les stéréotypes sexués qui enferment femmes et hommes dans des rôles inégaux, de domination pour les uns, de soumission pour les autres ». Ozon s’est excusé pour « des propos maladroits et mal compris ».

Road-movie

Bruce Dern et Alexander Payne

Bon, il n’y a pas que le sexe qui préoccupe. Il y a aussi la vieillesse. Dans « Nebraska », également en compétition, et tièdement accueilli, Alexander Payne fait de Bruce Dern un vieillard un peu gâteux (Alzheimer ?) convaincu d’avoir gagné 1 million  de dollars parce qu’il a reçu un de ces avis qui n’est en fait qu’une incitation à commander un produit. Le voilà parti à pied chercher son gain à plusieurs centaines de kilomètres de là. Faute de pouvoir l’arrêter, son fils part avec lui. S’ensuit un road-movie en noir et blanc dans l’Amérique profonde, à la fois émouvant et déprimant. Dans des petites villes rurales vidées par la crise, on ne rencontre que des personnages décatis, obèses, désœuvrés, insatiables buveurs de bière. Et pourtant souvent sympathiques. La chaleur humaine fait de cette sinistre vision d’un monde condamné une comédie.

 

Renée Carton