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La palme au cinéma de protestation

Le palmarès, obtenu après la plus longue délibération du festival, ne devrait pas faire l’unanimité. Même s’il n’y a rien, au contraire, à reprocher à Ken Loach et à son « Moi, Daniel Blake ». Mais les audaces cinématographiques sont moins représentées que le monde comme il va. Et il va mal.

Cannes-Loach

Ken Loach veut toujours changer le monde (Photo AFP)

Déjà palme d’or avec « le Vent se lève » en 2006, Ken Loach, bientôt 80 ans, a été égal à lui-même en recevant pour la deuxième fois la récompense suprême. C’est aussi pour cela qu’on l’aime, d’ailleurs. Plaidant contre les idées néolibérales « qui risquent de nous mener à la catastrophe »,  affirmant la nécessité d’un cinéma de protestation, il a conclu : « Un autre monde est possible. Et nécessaire. ». Qu’on se rassure, « Moi, Daniel Blake », tout militant qu’il soit, autour de son menuisier cardiaque de 59 ans que le système veut absolument mettre au travail, est tout sauf solennel : il est souvent drôle et bien sûr émouvant (sortie le 28 septembre).

Aussi émouvant que très ému, ayant du mal à retenir ses larmes, Xavier Dolan a parlé d’amour en recevant le Grand Prix pour « Juste la fin du monde », une puissante adaptation de la pièce de Jean-Luc Lagarce (sortie le 21 septembre). « Tout ce qu’on fait dans la vie, on le fait pour être aimé », a-t-il lâché, pensant sans doute aux quelques huées qui ont accueilli la projection de presse. « Il faut faire des films qui nous ressemblent », dit-il encore, annonçant, à 27 ans et après six longs métrages, qu’il tournera des films « toute sa vie ». Tant mieux !

Cannes-Cristian Mungiu & Maria Dragus Photocall

Cristian Mungiu et son actrice, Maria Dragus, à la soirée de clôture de la Plage Magnum Cannes

Le jury, qui a donc eu du mal à se décider, a partagé le prix de la mise en scène entre deux films bien différents : Olivier Assayas est récompensé pour « Personal Shopper », son histoire élégante de jeune femme en deuil qui tente de communiquer avec les esprits (19 octobre), tandis que le Roumain Cristian Mungiu est justement distingué (il aurait mérité plus) pour « Baccalauréat »,  sur un homme qui constate que sa génération a échoué à changer son pays.

Le prix du jury va à la Britannique Andrea Arnold pour son échappée américaine, « American Honey », un road-movie tonique en compagnie d’une douzaine de jeunes gens plus ou moins paumés.

« Le Client », d’Asghar Farhadi, ajouté tardivement à la sélection, remporte deux prix. Le pays, l’Iran, le sujet, la réaction d’un couple d’acteurs après l’agression dont a été victime l’épouse, justifient peut-être le prix du scénario et le prix d’interprétation masculine à Shahab Hosseini, qui a placé dieu au premier rang de ses remerciements (sortie le 2 novembre).

Pour le prix d’interprétation féminine, le jury a déjoué les pronostics en choisissant Jaclyn Jose, vedette dans son pays, les Philippines, pour son rôle dans « Ma’ Rosa », de Brillante Mendoza, une mère courage des bidonvilles, qui vend un peu de drogue pour survivre, et est confrontée à la corruption à tous les étages.

Nombreux sont ceux qui regrettent l’absence de la cinéaste allemande Maren Ade et de son « Tony Erdmann ». On espère que le public saura lui rendre justice (à partir du 17 aût).

Citons enfin la Caméra d’or, attribuée par un autre jury (présidé cette année par la cinéaste Catherine Corsini) à un premier film, toutes sections confondues. Le prix est allé à une œuvre sélectionnée par la Quinzaine des réalisateurs, « Divines », de la Franco-Marocaine Houda Benyamina, qui a crié sa joie : « Cannes est à nous, à nous les femmes. »

Les lauréats avec Jean-Pierre Léaud, palme d’or d’honneur (photo AFP)

 

Renée Carton

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