La palme à l’Auteur

C’est encore une fois un film d’auteur version cannoise qui a emporté la palme, aux dépens d’œuvres plus consensuelles, comme  le dernier opus des frères Dardenne. Mais, outre sa longueur, «Winter Sleep» n’est pas si loin du lauréat 2013, «la Vie d’Adèle».

Nuri Bilge Ceylan en bonne compagnie (AFP)

« J’ai eu peur quand j’ai vu que c’était un film de 3 heures (mais) c’est un film au rythme merveilleux, vraiment maîtrisé et sophistiqué », a expliqué la présidente du jury, Jane Campion. Les spectateurs qui s’aventureront dans les salles à partir du 13 août savent à quoi s’en tenir. Si l’on tient les trois heures dix, on est soi-même récompensé par ces scènes de la vie conjugale et provinciale dans de beaux paysages anatoliens enneigés. Nuri Bilge Ceylan a dédié sa palme à la jeunesse turque et aux victimes de cette dernière année agitée dans son pays.

« Les Merveilles », de l’Italienne Alice Rohwacher, grand prix du jury, est beaucoup plus accessible, avec une sensibilité qui parle à tous, ce qui n’empêche pas un ton et un style personnels. Une distinction justifiée pour une jeune réalisatrice prometteuse. Le film est annoncé pour janvier 2015 seulement.

Pour le prix du jury, le duo Jean-Luc Godard-Xavier Dolan (« Adieu au langage » et « Mommy ») est réjouissant : le doyen et le benjamin, l’abstraction et le lyrisme et, dans les deux cas, comme l’a souligné Dolan dans un ému et émouvant discours, « la recherche de la liberté ».

Un cinéma plus classique est distingué à travers le prix de la mise en scène et les prix d’interprétation : l’Américain Bennett Miller pour l’excellent « Foxcatcher »,  Julianne Moore mise à rude épreuve dans « Maps to the Stars » et Timothy Spall, « heureux d’être en vie » (il a eu une leucémie, a-t-il confié) pour son incarnation de « Mr. Turner ».

Enfin le prix du scénario permet de récompenser l’impressionnant « Leviathan » du Russe Andrey Zvyagintsev (scénario co-écrit avec Oleg Negin). Le cinéaste est, comme Bilge Ceylan un favori des sélectionneurs de Cannes. Ce sont eux, autant que le jury, qui font le palmarès… Ce sont eux qu’il faut juger pour la cuvée 2014. De bonne facture mais un peu trop attendue.

 

 

Renée Carton