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La force créatrice

Oublions Gérard Depardieu et Isabelle Adjani. Oublions Clint Eastwood et Geraldine Page. En tout cas ne nous encombrons pas de références pour apprécier le « Rodin» de Jacques Doillon (sur les écrans depuis ce mercredi) et « les Proies » revisitées par Sofia Coppola (sortie le 23 août).

Vincent Lindon est Rodin

Sollicité pour la réalisation d’un documentaire à l’occasion du centenaire de la mort d’Auguste Rodin, Doillon a préféré la fiction parce qu’il avait envie de « faire revivre l’animal ». Et, avec la complicité active de Vincent Lindon, il y parvient fort bien, montrant le sculpteur dans toute sa puissance créative – autant que dans ses doutes parfois destructeurs.

Nous sommes en 1880, Rodin reçoit enfin sa première commande publique, celle pour « la Porte de l’Enfer ». Le film le suivra jusqu’à ses dernières années, quand il estime enfin achevé son «Balzac », rejeté de son vivant, considéré comme le point de départ de la sculpture moderne. On le suit plus particulièrement dans les dix ans de passion et de travail vécus avec Camille Claudel, son élève puis son assistante. Mais c’est moins le centre du film que les rapports du sculpteur à la matière qu’il travaille, sa recherche d’une liberté dans la représentation, qui est aussi, sans doute, celle à laquelle aspire le cinéaste.

Vincent Lindon a pris des cours de sculpture pour reproduire avec réalisme les gestes adéquats, mais c’est tout son corps, ici massif, qui exprime la vérité de son personnage. Il est impressionnant, et émouvant. Izia  Higelin est une Camille Claudel plutôt joyeuse et Séverine Caneele, que Doillon a choisi en se souvenant de « l’Humanité » de Dumont, incarne Rose, la compagne du sculpteur. Les décors sont très soignés et la reconstitution de l’atelier minutieuse autant qu’impressionnante. On est avec Rodin quand il crée, c’est passionnant.

GROUPE DE FEMMES

Sofia Coppola et les actrices des « Proies » (photo Focus Features)

« Les Proies » (titre original « The Beguiled », qui contient la notion de séduction) est un livre de Thomas Cullinan paru en 1966 et un film de Don Siegel sorti en 1971. Sofia Coppola n’a pas voulu faire un remake mais réinterpréter l’histoire du point de vue des femmes. On sait qu’elle aime à filmer les groupes de femmes.

Nous sommes là aussi au XIXe siècle, en 1864 précisément, la guerre de Sécession dure depuis trois ans. Un soldat nordiste blessé échoue dans un pensionnat isolé du Sud où ne se trouvent plus que la directrice, une enseignante et cinq élèves. Évidemment, la présence d’un homme va modifier le comportement de chacune des femmes et filles.

Sofia Coppola fait son miel de cette situation. Même si on sait ce qui va se passer, on est saisi par l’atmosphère qu’elle crée, l’homme dans ses vêtements sombres, les femmes en robes blanches ou pastel, le clair-obscur des bougies, les coins et recoins de la grande demeure sudiste, les étouffants bois environnants.

Nicole Kidman mène sa troupe de main de maître. Kirsten Dunst et Elle Fanning jouent leur partition avec style. Colin Farrell est très convaincant. La richesse du film tient aussi à l’ambiguïté des personnages : bourreau-victime, bon-méchant, on ne sait pas trop. Et certaines scènes sont à la fois drôles et tragiques. Un bon « divertissement ».

Renée Carton

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