Godard et Dolan, non, Loach, oui

On danse avec Loach

Désolée, ni les collages de Jean-Luc Godard (« Adieu au langage », sorti en France mercredi), ni les personnages hystériques de Xavier Dolan (« Mommy ») ne m’ont séduite. En revanche, la bonne parole de Loach, ici très musique irlandaise et jazz, me touche toujours (« Jimmy’s Hall »).

Absent annoncé à grand bruit, Jean-Luc Godard a fait le plein avec son « Adieu au langage », qui a recueilli des applaudissements enthousiastes. Était-ce le film qui était ainsi salué, ou le mythe cinématographique resté au bord de son lac suisse ? Faut-il préciser qu' »Adieu au langage » ne raconte pas d’histoire ? C’est un patchwork d’images – dans une impressionnante 3D, il est vrai – et de citations diverses (comme « Ce qu’ils appellent les images devient le meurtre du présent »), sans oublier les jeux de mots et les remarques plus ou moins profondes (1933, l’apparition de la télévision et l’avènement d’Hitler…). Ces collages sont restés pour moi incompréhensibles. J’en suis restée au Godard de « Bande à part » !

Godard : comprenne qui voudra

Un fils pas facile (photo S. Laverdière)

Voilà pour le doyen de la compétition. Le benjamin, Xavier Dolan, 25 ans, suivait avec son 4e film, « Mommy ». Là, il y a bien une histoire, celle d’une femme qui doit reprendre avec elle son fils adolescent atteint de TDHA, en d’autres termes gravement hyperactif. Ça bouge, ça se dispute, ça crie très fort en québécois (sous-titré) souvent argotique et c’est assez insupportable, même si l’on est touché par la bonne volonté de la mère (Anne Dorval) et la spontanéité tour à tour charmeuse et diabolique du fils (Antoine Olivier Pilon). Et si l’on admire le choix du format 1:1, un carré qui évite « les distractions horizontales », selon les termes du jeune cinéaste.

Heureusement, Ken Loach était là, fidèle à lui-même, avec le fidèle et engagé scénariste Paul Laverty. « Jimmy’s Hall » nous emmène en Irlande dans les années 1930 et montre, à travers le personnage authentique de Jimmy Gralton, qu’on peut combattre aussi par la musique et la fête. Une preuve supplémentaire que le cinéma peut être engagé et divertissant. Et, bonne nouvelle, Loach n’est plus si sûr de vouloir arrêter : « Je vais d’abord regarder le Mondial et on verra ce que l’automne apporte. »

Renée Carton