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Fabrice Luchini, Sandra Hüller, comédie

L’un est très connu en France et s’est livré à Bruno Dumont sans peur et sans reproche («Ma Loute»). L’autre, qui ne volerait pas un prix d’interprétation, est la vedette d’un film allemand ; une comédie, le croiriez-vous  (« Toni Erdmann ») ?

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Fabrice Luchini déformé (R. Arpajou)

L’ancien professeur de philosophie Bruno Dumont a fait du chemin depuis « la Vie de Jésus » (1997). Lui qui ne jurait que par les non professionnels pour incarner les personnages tourmentés de ses films peut désormais s’offrir des acteurs aussi réputés que Fabrice Luchini, Juliette Binoche ou Valeria Bruni Tedeschi. Mais, comme il le dit au « Film français », « les acteurs connus ne m’intéressent que si je peux les déformer ».

Pour « Ma Loute », sorti dès ce vendredi sur les écrans français, une comédie burlesque et effrayante à la fois, Fabrice Luchini s’est littéralement plié à la volonté du cinéaste, courbé sous le poids de la bourgeoisie dégénérée qu’il incarne. On ne peut même plus dire comme souvent qu’il en fait beaucoup, voire qu’il en fait trop, il est au-delà.

Il est créature parmi les autres créatures de cette bouffonnerie sanglante, et non sans beauté, où s’opposent, dans de bucoliques paysages de la côte d’Opale, les bourgeois décadents et les pêcheurs cannibales. Courez voir «Ma loute », vous n’en reviendrez pas, que vous aimiez ou non.

MÉMORABLES

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Sandra Hüller, un talent comique (DR)

On peut aussi ranger dans le genre comique, même si cela ne le résume pas, le seul film allemand en compétition, « Toni Erdmann », troisième long métrage de Maren Ade, 39 ans. C’est l’histoire d’un père vieillissant, un peu paumé, s’inquiétant de savoir si sa fille, une femme d’affaires qui réussit, est heureuse. Alors il s’immisce dans sa vie, y compris professionnelle, et y installe un désordre qui se révèlera peut-être salutaire.

Le film, actuellement de 2h42, gagnerait à être resserré d’ici à sa sortie, dont la date n’est pas encore déterminée. Mais ses atouts sont nombreux : outre le scénario et les dialogues, signés de la réalisatrice, qui jouent habilement de plusieurs registres, les deux acteurs principaux. À côté de Peter Simonischek, dans le rôle titre, nom du personnage que s’invente le père désespéré, Sandra Hüller, qui, si l’on patiente jusqu’à la deuxième moitié du film, se livre à une savoureuse transformation. À ce stade de la compétition, on est encore loin des pronostics, mais son interprétation restera mémorable.

Soko, danseuse enragée (S. Besson)

Soko, danseuse enragée (S. Besson)

Mémorable également le premier film de Stéphanie Di Giusto,  « la Danseuse », présenté dans la section Un certain regard mais qui n’aurait pas démérité en compétition. On découvrira à partir du 28 septembre cette évocation de la vie de Loie Fuller, danseuse qui fut célèbre à la fin du XIXe siècle puis oubliée. Elle est incarnée par Soko avec la jeune Lily-Rose Depp dans le rôle d’Isadora Duncan.

 

Renée Carton

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