Enfin on tient la palme…

Sir Michael Caine

Enfin on tient la palme, s’exclament les uns à la sortie du film chinois de Jia Zhang-ke, « Mountains May Depart » ! Enfin on tient la palme, affirment d’autres face à « Youth », de Paolo Sorrentino avec Michael Caine, des huées se mêlant d’ailleurs aux applaudissements !

On parle ici des réactions lors des séances réservées à la presse (pardon, aux médias), pas des projections de gala, après parade sur le tapis rouge, en présence chaque fois de l’équipe du film. À la sortie, les critiques rivalisent d’analyses et de pronostics, pas si souvent démentis par le jugement final du jury.

Folle jeunesse chinoise (DR)

Donc, peut-être, la palme pour Jia Zhang-ke, reparti il y a deux ans avec  le prix du scénario pour « A Touch of Sin ». Pour être une nouvelle fois un portrait de la Chine d’aujourd’hui, avec son obsession de l’argent,  » Mountains May Depart » est moins dur que ce dernier. C’est, en trois temps (1999, 2014 et… 2025) et trois formats (de quasi carré, l’écran s’élargit à chaque période jusqu’au scope), un mélo sur l’évolution des sentiments avec le temps et la nécessité d’une sorte de fidélité non seulement à ses proches et à ses amis mais aussi aux lieux et aux souvenirs. « Si on abandonne tout cela, dit le cinéaste, tout peut se défaire, même les montagnes peuvent s’en aller. » La dernière scène, qui nous ramène au point de départ est à cet égard poignante. Que le film soit ou non palmé, il faudra attendre le 9 décembre pour le découvrir sur les écrans français.

Oublier sa vieillesse (G. Fiorito)

Le temps qui passe est au centre de « Youth », tourné en anglais par Paolo Sorrentino, plusieurs fois sélectionné à Cannes (prix du jury pour « Il Divo ») et multirécompensé, dont un oscar, pour « la Grande Bellezza ». Pour Sorrentino, 44 ans, « le temps qui passe est le seul thème abordable, le temps qu’il reste pour chacun de nous ». L’image qu’il donne de la vieillesse, à travers la clientèle d’un hôtel-centre de rajeunissement des Alpes, est plutôt sinistre, même si les deux héros (Michael Caine et Harvey Keitel) préfèrent en rire et si l’autodérision est la règle de la plupart des personnages.

L’inspiration baroque de Sorrentino ne connaît pas trop de limites mais c’est ce qui fait son charme et les surprises du film, qui vaut aussi, bien sûr, pour sa distribution. Michael Caine est royal et pourrait, à 82 ans et après quelque 120 films, décrocher un prix d’interprétation. Il faut le voir diriger un concert de vaches et de clochettes ! L’acteur anglais n’était pas venu à Cannes depuis… 1966 (« Alfie » avait eu un prix mais pas lui). Il fait la paire avec Harvey Keitel et le duo est bien entouré (Jane Fonda pour une scène saisissante, Rachel Weisz, Paul Dano…). À applaudir en septembre.

Il reste à voir encore cinq films en compétition, dont deux français. Le suspense reste entier.

Renée Carton

 

 

 

Renée Carton