Émotions d’un jour

Aux faits-divers qu’offre la réalité, on préfère la fiction. Encore plus quand elle est signée Farhadi ou Kore-Eda.

Bérénice Bejo plus que jamais artiste (FDC/F. Lachaume)

Un vol de bijoux, des coups de feu : c’était vendredi sur la Croisette, mais on n’était ni dans « la Main au collet » ni dans un polar. Seulement dans la réalité presqu’ordinaire d’une manifestation mondiale qui attire cambrioleurs (1 million de bijoux Chopard ont été dérobés, mais pas la Palme d’or) et déséquilibrés de tout poil (comme celui qui, armé d’un pistolet à grenaille et d’une grenade factice a tiré des coups à blanc en l’air près du plateau de Canal+). Cela sans interrompre le cours des choses : montée des marches, projections, transactions, déambulations…

En revanche, nombre de festivaliers ont été sensibles aux arguments de l’association Greenpride et signé la pétition demandant à ce que le tapis rouge ne soit changé qu’une fois par jour et non trois. Les tapis sont-ils recyclés ou jetés ? « Le Festival dit recycler l’ensemble de ses déchets, dont le tapis, mais pour protéger la nature, le meilleur déchet, c’est celui qu’on ne crée pas », dit l’association.

Sur le tapis rouge, ce vendredi soir, l’équipe du « Passé », film réalisé en France par l’Iranien Asghar Farhadi. Une réussite que ce drame intime qui crée habilement plusieurs suspenses psychologiques autour d’un femme, son ex-mari iranien, son ami actuel, marié à une femme  plongée dans le coma, et sa fille en crise. Bérénice Bejo, Ali Mosaffa, Tahar Rahim et la très prometteuse Paule Burlet forment un quatuor sensible dont le cinéaste joue avec subtilité.

Tel père, tel fils, cela se construit

Émouvant aussi le « Tel père, tel fils » du Japonais Hirokazu Kore-Eda. Un homme obsédé par la réussite découvre que son fils de 6 ans a été échangé à la naissance avec un autre nourrisson. Les enfants vont-ils être échangés à nouveau. On pense, bien sûr, à « la Vie est un long fleuve tranquille », alors que le cinéaste se réfère aux cas observés au Japon à l’époque du boom des naissances, dans les années 1960. Et si le film comporte ses moments cocasses, c’est à la naissance d’un père que l’on assiste en fait. Et c’est presqu’aussi beau que celle d’un enfant.

 

Renée Carton