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Des enfants qui souffrent et qui rêvent

Les deux premiers films en compétition, « Faute d’amour », du Russe Andrei Zviagintsev, et « Wonderstruck », de l’Américain Todd Haynes, ont en commun l’enfance et la qualité cinématographique, dans deux styles très différents.

Wonderstruck

« Wonderstruck », période 1927

Il faut, au sens propre, se lever de bonne heure, quand on est journaliste. Pour la séance de 8h30, qui leur est assignée, il y avait en ce premier jour de compétition une queue longue de quelque trois quarts d’heure d’attente, si bien que beaucoup ont trouvé portes closes. La faute aux indispensables mesures de sécurité : comme dans les aéroports, il faut passer les portiques.

Mais que ne ferait-on pas pour l’amour du cinéma ! Après « Carol », pour ne citer que son dernier film, également présenté à Cannes, on attendait le dernier film de Todd Haynes avec impatience. Selon le réalisateur, « Wonderstruck » est un film pour enfants, plus précisément un « acid trip for kids ». Il est tiré il est vrai du roman de Brian Selznick, dont Martin Scorsese avait adapté « Hugo Cabret ». Mais mieux vaut ne pas être trop jeune, sauf d’esprit, pour apprécier tous les motifs de cette histoire à tiroirs qui a pour héros deux enfants sourds, une fille en 1927 et un garçon dans les années 1970.

On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher le bonheur des futurs spectateurs (sortie prévue le 15 novembre). Contentons-nous de louer les reconstitutions d’époque, les différents modes utilisés (le film dans le film muet, en noir et blanc, à la manière de Murnau, les figurines animées… ), les décors bien trouvés (le Musée d’histoire naturelle et le Queens Museum, avec son étonnante maquette) et surtout les subtiles alternances de sons, musiques et silences pour signifier avec justesse l’univers mental des deux héros.


Wonderstruck – La bande annonce (VOSTFR)

Une société sans amour

Dans « Faute d’amour », Andrei Zvyagintsev, dont on  avait beaucoup aimé « Leviathan » (prix du scénario en 2014), l’enfant est le concentré du malheur. On n’est pas loin des « Scènes de la vie conjugale » de Bergman quand on voit ses parents, en voie de divorce, se disputer très fort pour un pas en avoir la garde. Le cinéaste décrit longuement la vie vide et égoïste de l’un et de l’autre, reflet, sans doute, d’une société russe en manque d’idéal et tentée par un dangereux conservatisme. Là encore, on s’abstiendra de dire ce qui arrive. Rarement a-t-on vu film aussi sombre, mais prenant, déchirant.

Faute d'amour

« Faute d’amour »

La journée était aussi celle de « Barbara », qui a fait l’ouverture de la section Un certain regard, dont la sélection vaut souvent celle de la compétition. Toujours épris de liberté, Mathieu Amalric a imaginé un cinéaste (lui, bien sûr) tournant un film sur la chanteuse, ce qui lui permet d’aborder la vie et surtout la personnalité de la chanteuse par des chemins buissonniers. Jeanne Balibar se régale manifestement dans le rôle et l’émotion est là, indissociable de la musique et des chansons que chacun connaît. On pourra les fredonner avec elle à la rentrée.


Barbara – La bande annonce (FR)

 

Barbara

Barbara

Renée Carton

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