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Dernières visions et pronostics

Dix-neuf films en compétition, le choix va être difficile, aucune production ne s’étant vraiment détachée.

Diane Kruger dans « In the Fade »

Violence, violence : les deux derniers prétendants à la palme ne nous ont pas épargnés. Ce sont les meurtres commis en Allemagne contre des personnes d’origine turque par des membres du groupuscule néonazi NSU qui ont poussé Fatih Akin à réaliser « In the Fade ».  Le réalisateur allemand, né de parents turcs, fait de Diane Kruger une épouse allemande dont le mari d’origine étrangère et le fils ont été tués dans un attentat et qui cherche justice. Un rôle fort pour l’actrice, qui tourne pour la première fois dans son pays natal. Rôle fort également pour  Joaquin Phoenix dans « You were never really here », adapté par Lynne Ramsay (« We need to talk about Kevin ») d’un roman de Jonathan Ames : il joue un ancien combattant traumatisé aux prises avec un puissant réseau qui prostitue des adolescentes de bonne famille. Composition très appuyée et scènes brutales : le thriller ne fait pas l’unanimité.

Joaquin Phoenix (photo Why Not Productions)

Diane Kruger et Joaquin Phoenix figurent parmi les favoris pour les prix d’interprétation. Le palmarès sera proclamé dimanche (à partir de 19h15 sur Canal+). Pour la palme d’or (incrustée de diamants, 70e anniversaire oblige), on parle toujours beaucoup de « 120 Battements par minute », le film de Robin Capillo sur Act up qui allie profondeur et vérité du sujet, mise en scène vivante et incarnation collective, dont tous les acteurs sont à louer. « Faute d’amour », du Russe Andrei Zvyagintsev, image d’une société russe égoïste et indifférente, a aussi à juste titre ses partisans.

Le Grand Prix, deuxième en importance, pourrait aller à « Okja », du Coréen Bong Joon-ho, réjouissante fable qui s’en prend aux méchants capitalistes et défend les animaux. Un film Netflix, on le sait, donc, en France, réservé aux abonnés à la plate-forme de vidéo à la demande (à partir du 28 juin). A moins que le jury de Pedro Almodovar ne soit séduit par les jeux de miroir et l’érotisme chic de « l’Amant double », de François Ozon.

Le prix du jury, on l’accorderait volontiers à « Vers la lumière », le beau film de la Japonaise Naomi Kawase qui traite de l’interprétation des images à travers la rencontre d’une jeune femme qui adapte les films en audiodescription et d’un photographe en train de devenir aveugle.

Restent les prix de la mise en scène et du scénario. Pour le premier, pourquoi ne pas se laisser tenter par les jeunes frères Safdie, Josh et Bennie,  qui offrent avec « Happy Time » un polar inventif et vigoureux, renouvelant scènes de braquage et de cavale dans New York ? Pour le deuxième,  « Wonderstruck » (titre français « le Musée des merveilles »), de Todd Haynes, dont le scénario est signé par l’auteur du roman, Brian Selznick.

D’APRES UNE HISTOIRE VRAIE

Emmanuelle Seigner, Eva Green (photo Mars Films)

On pourrait citer d’autres titres non moins méritants, car la sélection du 70e anniversaire, si elle n’a pas comporté de choc/révélation/chef-d’oeuvre, était d’un bon niveau d’ensemble. En attendant le bilan que seul permet un peu de recul, évoquons l’ultime cadeau du festival, la projection, hors compétition, du dernier film de Roman Polanski, « D’après une histoire vraie » (sortie le 1er novembre), adaptation du roman de Delphine de Vigan (scénario signé Olivier Assayas). Cette confondante histoire de manipulation était faite pour Polanski , lequel abordait pour la première fois la confrontation de deux femmes. Le cinéaste excelle, on n’en doutait pas, à créer le trouble, aidé par ses deux actrices, Emmanuelle Seigner et Eva Green, qui fait presque peur. Et le titre, avec le récit dans le récit, résume un grand pan du cinéma contemporain.

 

Renée Carton

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