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Cinéastes de combat

« En guerre » (Nord-Ouest Films)

Ils sont cinéastes avant tout mais ils portent la parole de ceux dont les droits sont bafoués. Les salariés victimes de licenciements boursiers dans « En guerre » (Stéphane Brizé), les Afro-Américains dans « BlacKKKlansman » (Spike Lee). Vincent Lindon et John David Washington incarnent bien ces combats.

 

Séance réconfortante mardi après-midi avec l’ovation qui a accueilli « En guerre », troisième entrée française en compétition, à partir d’aujourd’hui dans les salles. Réconfortante malgré le caractère dramatique du film, avec lequel Stéphane Brizé et Vincent Lindon forment à nouveau un duo militant et gagnant, trois ans après « la Loi du marché ».

Vincent Lindon

Entouré d’étonnants non-professionnels, le toujours concerné Lindon est un syndicaliste en lutte pour que son usine, qui fait pourtant des bénéfices, ne soit pas fermée, comme vient de le décider le patron du groupe industriel allemand qui la détient. Comme on le voit très souvent dans les actualités télévisées, les salariés bloquent l’entreprise et, le conflit s’enlisant, n’hésitent pas à aller manifester dans les lieux où, croient-ils, se trouvent ceux qui auraient le pouvoir de les sauver. Et parfois, ça dérape.

Comme dans les actualités. On s’y croirait. On est au milieu de ces ouvriers en colère, à côté d’eux lors des houleuses séances de négociations ou lorsque l’unité syndicale éclate, les problèmes de fin de mois devenant insurmontables. Sans jamais sacrifier l’humain ni l’action et le suspense, Brizé fait comprendre le fonctionnement de ce système économique qui ne laisse quasiment aucune chance aux salariés. Cela, on le sait (si on veut le savoir), mais c’est ici parfaitement incarné.

Black Lives Matter

« Love » et « Hate » : Spike Lee connaît ses classiques (Olivier Borde)

Autre militant via le cinéma, Spike Lee, lui aussi bien accueilli sur la Croisette. « BlacKKKlansman » s’inspire de l’histoire d’un policier noir qui, dans les années 1970, avec l’aide d’un collègue blanc (et juif, ce qui n’est pas un détail), infiltre le Klu Klux Klan. Le récit a toute l’efficacité américaine, mêlant action et humour et sachant caractériser chaque personnage. Le lien avec l’Amérique d’aujourd’hui, celle des Blancs qui ont élu Trump et des Noirs tués par des policiers, est facilement fait par le réalisateur. L’œuvre est bien ficelée et  John David Washington semble bien parti sur les traces de son père Denzel. À voir à partir du 22 août.

Le toujours provocateur

Lars von Trier parle lui aussi de l’Amérique et de la violence, mais reste plus que jamais un provocateur et certaines de ses images ont fait fuir des spectateurs de la soirée de gala. On allait donc à reculons à la projection presse de « The House that Jack built », sagement présenté hors compétition. D’autant que Jack est un tueur en série et qu’on en a assez de ce type de personnages, au cinéma comme dans les polars.

Mais le cinéaste danois ne se contente pas de montrer quelques crimes atroces, mis en scène comme des œuvres d’art, il veut s’expliquer sur sa propre fascination pour la violence, plaidoyer pro domo englobé dans une réflexion plus large sur les crimes dans l’histoire (y compris l’Holocauste) et sur les limites éventuelles de ce qu’on peut montrer. On comprend que beaucoup soient choqués et ne veuillent plus entendre parler de Lars von Trier, mais on ne peut rejeter les questions qu’il pose avec une virtuosité certaine et la complicité active de Matt Dillon, dérision comprise.

Renée Carton

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