Chomage et passion, deux films français

Vincent Lindon, la force discrète (DR)

« La Loi du marché », de Stéphane Brizé, une œuvre rigoureuse et émouvante sur la crise portée par Vincent Lindon, à voir dès mardi dans les salles. Pour « Mon roi », la passion selon Maïwenn, il faudra attendre le 21 octobre.

On savait Vincent Lindon bon acteur. Dans « la Loi du marché », applaudi lors de la projection de presse, il est aussi sobre que convaincant dans le rôle d’un chômeur qui, trouvant enfin un emploi, va se trouver face à un dilemme moral. On sent l’implication du comédien dans le sujet, il est d’ailleurs aussi producteur. Stéphane Brizé, qui l’avait déjà dirigé dans « Mademoiselle Chambon » et « Quelques heures de printemps », a trouvé la bonne distance et choisi pour lui faire face d’étonnants acteurs non professionnels. « Il atteint je crois un niveau de jeu inouï, dit le réalisateur. Il fait là l’expérience – et je la fais en même temps que lui à mon – du lâcher prise. C’est un travail quasiment sans filet. »

« La Loi du marché » montre concrètement les incohérences de la lutte contre le chômage et la façon dont les difficultés peuvent s’accumuler dès lors qu’on est en position de faiblesse dans la société, malgré les aides possibles.

Bercot, Cassel, dix ans d’un couple (Productions du Trésor/S. Besson)

On est dans un tout autre registre avec « Mon roi », de Maïwenn, diversement apprécié ici. Le Premier ministre Manuel Valls, qui passait par là (et a vu également « Mia Madre », de Moretti), a déclaré qu’il était « difficile de ne pas sortir bouleversé après ce magnifique moment plein d’émotions, que nous ont offert Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot ». Les deux acteurs incarnent une passion qui, pendant dix ans, connaît des hauts et des bas (beaucoup plus des derniers que des premiers). Ils ont beaucoup improvisé : « Si on dit ce qui est écrit, elle (Maïwenn) n’est pas contente », témoigne Vincent Cassel. Ce qui donne des scènes fortes mais qui, à force d’exprimer des paroxysmes, peuvent lasser.

Au petit jeu des pronostics, à mi-parcours, « le Fils de Saul » reste bien placé et Nanni Moretti, avec « Mia Madre », a pas mal de défenseurs. Difficile de dire si « la Loi du marché », avec sa puissance discrète et les arcanes rien moins que simples du système social français, peut être apprécié par le jury international. On aimerait qu’il le soit.

Renée Carton

Renée Carton